Afrique de l’Ouest – Ebola: l’épidémie progresse malgré quelques signes encourageants – 20/08/2014

Avec 84 malades supplémentaires en trois jours, Ebola continue sa progression en Afrique de l’Ouest. L’épidémie dépasse la barre des 1200 morts, selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié, ce mardi 19 août. Le Nigeria, la Guinée, la Sierra Leone et surtout le Liberia restent touchés. La présidente a d’ailleurs décrété le couvre-feu qui entrera en vigueur dès ce mercredi soir.

Des passagers se font contrôler à l'aide de thermomètres à infrarouges, dans le cadre de la lutte contre Ebola, à Abidjan, le 13 juin 2014. REUTERS/Luc Gnago
Des passagers se font contrôler à l’aide de thermomètres à infrarouges, dans le cadre de la lutte contre Ebola, à Abidjan, le 13 juin 2014. REUTERS/Luc Gnago

Avec 466 morts, le Liberia est le pays le plus sévèrement touché par Ebola. Mardi soir, la présidente Ellen Johnson Sirleaf a décrété la mise en quarantaine de deux quartiers dont un à Monrovia, la capitale, ainsi qu’un couvre-feu de 21 heures à 6 heures. Il doit entrer en vigueur ce mercredi soir. L’objectif : mieux contrôler les mouvements de population dans le pays.

La tension reste vive dans le pays après l’attaque au cours du weekend d’un centre d’isolement de Monrovia. Le ministère de l’Information a assuré hier, mardi, que les 17 patients qui avaient pris la fuite lors de cette émeute avaient tous été retrouvés. Ils se seraient rendus d’eux-mêmes, à pied, dans le principal hôpital du pays. Les autorités tentent à présent de retrouver toutes les personnes avec qui ces malades auraient pu entrer en contact, y compris les assaillants, pour éviter toute dissémination supplémentaire de la maladie.

Seule note encourageante, hier soir : les trois médecins traités au ZMAPP, ce sérum expérimental mis à disposition par les Etats-Unis où ils avaient déjà été administrés à plusieurs humanitaires infectés. Selon le gouvernement, « ces médecins réagiraient au traitement ».

Mais selon la directrice de Médecins sans frontières, Joanne Liu, jointe par RFI, le système de santé libérien est désorganisé et défaillant. « Il faut stabiliser le pays si l’on veut pouvoir stabiliser la région », déclare-t-elle.

En Sierra Leone, la progression de la fièvre hémorragique reste forte avec 17 nouveaux décès et trente-huit nouveaux cas en deux jours (du 14 au 16 août).

L’Organisation mondiale de la santé est, en revanche, plus positive pour le Nigeria et la Guinée même si, rappelle l’OMS, « la flambée n’est pas encore contrôlée ». A Lagos, depuis l’importation de la maladie par un Américano-Libérien décédé fin juillet, « la chaîne de transmission a été identifiée jusqu’à présent », selon la porte-parole de l’OMS, Fadela Chaïb.

Elle ajoute qu’en Guinée, la sensibilisation de la population aux risques liés à Ebola semble fonctionner. Des solutions novatrices ont été mises en place. Ainsi, les dirigeants respectés des communautés ont collaboré pour obtenir la coopération de 26 villages, très résistants à une aide extérieure. L’ouverture de ces villages a entraîné une forte augmentation des cas signalés.

Des mesures de protection renforcées

Malgré ces quelques signes encourageants, les gouvernements voisins multiplient les mesures de protection. Le Cameroun a fermé toutes ses frontières avec le Nigeria, lundi. Le Burkina Faso, qui n’a enregistré aucun cas de fièvre, a préféré reporter un sommet de l’Union africaine prévu à Ougadougou, en raison d’Ebola.

Les compagnies aériennes prennent également des précautions. La compagnie équato-guinéenne Ceiba continental a suspendu « jusqu’à nouvel ordre » tous ses vols vers l’Afrique de l’Ouest. Cinq compagnies – Arik, ASKY, British Airways, Gambia Bird et Kenya Airways – ont également interrompu leurs liaisons avec Freetown en raison de l’épidémie.

L’Europe reste vigilante également. En Autriche, deux cas suspects ont été placés en quarantaine. Des analyses sont en cours. Ce mardi, une agence pour l’emploi en Allemagne a été fermée pour la journée, car une femme, originaire d’Afrique de l’Ouest, a fait un malaise et présentait une forte fièvre et des problèmes de circulation. Selon l’hôpital berlinois qui a accueilli la patiente, il s’agirait d’une gastro-entérite. En Espagne, un patient a également été placé en quarantaine. Il revenait d’un voyage en Sierra Leone, mais les médecins privilégient le paludisme.

Pour venir en aide aux pays touchés par l’épidémie du virus, la Banque africaine de développement a accordé une aide de 45 millions d’euros. Cette aide financière permettra de payer le personnel de santé et renforcer les systèmes de surveillance. Et ce n’est qu’un début assure le président de la BAD, Donald Kaberuka.

Ebola inquiète aussi à Madagascar

Bien que le virus Ebola ne touche que l’Afrique de l’Ouest, pour l’instant, de l’autre côté du continent, à Madagascar, l’épidémie inquiète. Même s’il n’existe pas de ligne aérienne directe entre la Grande Île et les pays concernés, le gouvernement et l’OMS sont en alerte et ils se penchent sur les mesures de prévention à mettre en place.

Pour l’instant, aucun cas suspect n’a été détecté mais les autorités veulent montrer qu’elles ne prennent pas l’épidémie à la légère. Samedi dernier, le Premier ministre – qui est aussi ministre de la Santé – s’est rendu à l’aéroport, de manière imprévue, tard dans la soirée, pour constater le niveau de contrôle. « Il y a encore beaucoup de choses à améliorer », concède le secrétaire général du ministère de la Santé. A l’arrivée, les voyageurs internationaux remplissent une fiche sanitaire, ils y indiquent leurs lieux de provenance et une possible fièvre dans les jours qui précèdent.

Suite à cette descente du Premier ministre, un premier plan opérationnel a été élaboré avec les partenaires internationaux. Tout d’abord, il faudra modifier ces fiches sanitaires, car elles ont été conçues au moment de l’épidémie de grippe aviaire H5N1. L’installation de scanners thermiques ainsi que la formation du personnel de l’aéroport sont également recommandées. Six centres hospitaliers ont été identifiés pour accueillir les cas suspects ainsi que les malades et pour les isoler. Des notes d’information seront envoyées à toutes les structures sanitaires.

« On prend des dispositions comme si l’on était en zone exposée », explique Céline Seignon, représentante de l’OMS à Madagascar. Et pour le gouvernement, son premier défi sera de réunir les 700 000 dollars manquants pour mettre en place ce dispositif.

Fermeture des morgues traditionnelles au Bénin

Le Bénin prend également ses précautions contre la propagation du virus Ebola, même si aucun cas n’a encore été déclaré dans le pays. Le gouvernement a ordonné la fermeture des morgues traditionnelles, ces lieux informels dans les villages qui accueillent les morts et utilisent des méthodes de conservation spécifiques, propres à la tradition. Même s’il est difficile de les recenser, l’objectif est d’encourager les promoteurs privés à créer des morgues modernes qui respectent les conditions d’hygiène.

En effet, le virus Ebola plane, le choléra est déjà passé par là et le gouvernement béninois a donc décidé d’accélérer l’éradication de la conservation des cadavres à domicile. Voilà déjà deux ans qu’il poursuit les morgues illégales. Depuis 2012, dix d’entre elles ont été fermées dans le sud du pays.

« Nous ne connaissons toujours pas les causes du décès des personnes admises dans ces établissements où il n’y a aucune règle d’hygiène et aucune procédure standardisée pour le traitement des corps dans ces lieux. Par conséquent, on peut avoir facilement la contamination des maladies. C’est un lieu de propagation des maladies infectieuses qui ne respecte aucune norme d’hygiène », a expliqué, à RFI, Sourou Adjinda, promoteur de l’hygiène publique au ministère de la Santé.

De son côté, Valer, un ancien « morguier » dans un hôpital de zone de la ville de Ouidah, explique les problèmes que posent ses méthodes de conservation. « La conservation dans les morgues traditionnelles se fait avec un mélange de produits, à savoir du ciment et du formol, entre autres, et ils font avaler cela au corps. Or, c’est grave, c’est très grave, c’est dangereux, car quand ces produits avalés sont périmés, le corps se décompose rapidement en deux ou trois jours », a souligné cet ancien « morguier ».

Le défi est donc de sensibiliser la population villageoise habituée à conserver les cadavres dans leurs maisons, souvent pour allonger la période entre le décès et les funérailles.

Source : RFI

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz